Nord-Kivu : auprès du ministre national de l’environnement, Jonas Kasimba plaide pour une délimitation définitive du Parc National des Virunga pour mettre fin aux conflits

Le président national de l’Alliance des Congolais pour la Défense des Intérêts du Peuple (ACDIP), Jonas Kasimba, a adressé une note de plaidoyer à la ministre de l’Environnement et Développement durable afin d’obtenir une délimitation définitive du Parc National des Virunga. Cette démarche vise à mettre fin à plus de deux décennies de conflits entre les populations riveraines et les autorités de conservation.

Un parc historique au cœur des tensions

Créé en 1925 sous le nom de Parc Albert par le roi Albert Ier de Belgique, le Parc des Virunga est le plus ancien parc national d’Afrique. Classé patrimoine mondial de l’UNESCO en 1979, il abrite une biodiversité exceptionnelle, notamment les gorilles de montagne.

Cependant, dès sa création, la délimitation du parc s’est faite sans consultation des populations locales. Ces dernières ont été contraintes d’abandonner leurs terres ancestrales, perdant ainsi leurs moyens traditionnels de subsistance. Cette injustice historique constitue, selon Jonas Kasimba, l’une des racines majeures des tensions persistantes.

Des conflits à la fois historiques et socio-économiques

Dans sa note, le dignitaire du Nord-Kivu souligne que les conflits autour du parc trouvent également leur origine dans des difficultés socio-économiques. Privées d’accès aux terres agricoles, à la pêche et aux ressources naturelles, les communautés riveraines vivent aujourd’hui dans une précarité accrue.

Cette situation pousse certaines populations à réoccuper illégalement des zones du parc, entraînant des affrontements avec les éco-gardes de l’ICCN. Des incidents récents, notamment en 2025 et début 2026 dans les territoires de Rutshuru, Lubero et Beni, illustrent la gravité de la situation. À Mayangose, plus de 20 hectares de cultures ont été détruits, provoquant une révolte paysanne. À Kididiwe, des altercations ont fait des blessés parmi les agriculteurs.

Par ailleurs, certaines localités comme Kasindi restent privées d’accès à des services de base tels que l’eau et l’électricité, aggravant les frustrations des habitants.

Une crise aggravée par l’insécurité

Jonas Kasimba met également en garde contre l’exploitation de cette crise par des groupes armés, qui profitent des tensions pour exploiter illégalement les ressources du parc et renforcer leur emprise dans la région. Cette situation contribue à l’insécurité persistante dans l’Est de la RDC.

Des propositions pour une solution durable

Pour sortir de cette impasse, l’ACDIP propose une série de mesures concrètes :
Redéfinir les limites du parc dans un cadre consensuel, en tenant compte des réalités démographiques et des droits des populations locales ;
Compenser les communautés affectées, notamment par la désaffectation d’une partie des terres ;
Mettre en place des alternatives économiques (agriculture modernisée, pêche, élevage, accès à l’énergie) pour réduire la dépendance au parc ;
Assurer un partage équitable des revenus générés par le parc, notamment à travers des investissements dans les infrastructures sociales ;
Impliquer les communautés locales dans la gestion du parc afin de renforcer leur adhésion aux efforts de conservation ;
Former les éco-gardes au respect des droits humains et instaurer des mécanismes de médiation en cas de conflit ;
Renforcer la sécurité autour du parc pour lutter contre les groupes armés.

Un appel urgent au gouvernement

Dans un contexte marqué par les déplacements massifs de populations et l’insécurité alimentaire, Jonas Kasimba insiste sur l’urgence d’une intervention gouvernementale. Il cite notamment le rôle stratégique de zones comme Mayangose dans l’approvisionnement alimentaire de la région de Beni.

Selon lui, une délimitation rigide sans mesures d’accompagnement met en péril la survie de milliers de personnes déjà fragilisées par les conflits armés.
Vers une solution politique et consensuelle
En conclusion, le président de l’ACDIP appelle à une délimitation négociée et réaliste du Parc des Virunga, qui tienne compte à la fois des impératifs de conservation et des droits des populations. Il recommande que les décisions prises soient validées par le Parlement et formalisées par une ordonnance présidentielle afin de leur donner force de loi.
Pour Jonas Kasimba, seule une approche inclusive et équilibrée permettra de mettre fin à un conflit vieux de plus de 20 ans et de transformer le parc en un véritable levier de développement partagé.

Rédaction

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